Eleïssa Karaj est responsable de la transformation digitale au sein du cabinet August Debouzy. Ce poste répond à une volonté du cabinet d’associer encore plus d’innovation à ses conseils, mais aussi dans sa manière de travailler, via les outils utilisés par les équipes.

Diplômée d’un Master Innovation & Digital Management de NEOMA Business School, Eleïssa a par la suite rejoint le master spécialisé Technology & Management de l’École Centrale Paris. Mais cette technophile est aussi podcasteuse avec Outside the Lex, son émission dans laquelle elle interview des juristes aux profils atypiques.

Nous sommes partis à sa rencontre afin de lui poser quelques questions sur son poste, son parcours et son podcast !

Quelles sont vos missions en tant que Chief Digital Officer ?

Je m’intéresse à la recherche de la performance de nos avocats, ainsi que des fonctions transverses, grâce à la technologie, mais pas que.

En fait, je travaille à créer en interne un écosystème qui permettrait aux avocats d’être à la pointe de l’innovation dans l’exercice de leur métier, mais aussi dans lequel ils ne vont pas passer à côté des grandes tendances du marché.

Ces tendances ne sont pas forcément directement liées au droit, mais elles finiront à un moment ou un autre par impacter nos clients, et donc le cœur de nos activités.

Pourriez-vous nous donner des exemples de tendances ?

On pourrait citer la blockchain et les NFT, l’intelligence artificielle ou encore le gaming, et tout ce que ces innovations impliquent d’un point de vue réglementaire.

🤔 Le saviez-vous ? Les NFT (jetons non échangeables en français, ou non fungible token en anglais) désignent des sortes de certificats d’authenticité qui permettent de prouver la possession d’un fichier. Les NFT garantissent la propriété exclusive d’un actif numérique.

Pour citer l’actualité, de grands groupes suivent déjà la marche de Meta, comme Disney qui a par exemple récemment annoncé la création de son propre métaverse. A mesure que d’autres suivront, des questions réglementaires vont apparaître. Nous travaillons à nous tenir prêt pour aider les clients à y répondre.

Quand et pourquoi le poste de Chief Digital Officer chez August Debouzy a-t-il été créé ?

August Debouzy est très précurseur sur le sujet, ce poste a été créé il y a 3 ans après une grande réflexion en interne sur nos activités, car il est dans notre identité d’offrir plus que du droit. Le cabinet souhaitait recruter une personne dédiée pour accompagner les avocats dans la transformation digitale de leur métier.

Lorsque j’ai été contactée, je ne connaissais ni le cabinet, ni l’écosystème juridique. Ce qui m’a dans un premier temps plu, c’est surtout ce que j’avais perçu de la mission : diffuser l’innovation au sein du cabinet. Puis au fil des mois, je me suis littéralement prise de passion pour l’écosystème juridique et ses enjeux.

Vous avez un profil très technophile, comment ça se fait ? Pourquoi avoir choisi de suivre des études si “techniques” ?

A l’origine, je me suis dirigée vers mon école de commerce, Neoma Business School, parce qu’il y avait la possibilité de réaliser, en dernière année, un double diplôme avec Centrale Paris. Quand je dis qu’on avait la possibilité, c’est qu’il y avait cinq places à attribuer…

J’avais déjà tendance à réfléchir sur le long terme. J’ai donc passé le concours de NEOMA dans l’optique d’être retenue pour Centrale Paris, cinq ans plus tard. Je voulais absolument en être. Une fois en école de commerce, avec les étudiants de majeure (Information Technology), nous étions perçus comme de vrais geeks. J’ai adoré ! Je sentais bien que la tech était le nerf de la guerre.

Cela parait bateau à dire aujourd’hui mais il faut se remettre dans l’état d’esprit de l’époque – ce type de cursus était très orienté systèmes d’information. C’était donc une formation technique – surtout par rapport aux écoles de commerce en général plus accès marketing, finance, communication… De mon côté, je voulais acquérir de solides compétences techniques pour prendre du plaisir dans le fonctionnel.

Par la suite, j’ai fait un échange académique dans une école d’ingénieur en Corée du Sud, et tous mes stages après cela étaient très axés “techniques”, dans l’industrie automobile et aéronautique. Aujourd’hui toutes ces expériences me servent au quotidien dans mon travail.

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Quel est votre plus grand challenge ?

Ma vie professionnelle est un éternel challenge (rires) !

Mon objectif est d’embarquer dans l’innovation des professions qui sont déjà très occupées, qui ont du mal à trouver du temps. Si la majorité des avocats ont individuellement envie de s’y atteler, de monter en compétences, de participer, de faire évoluer la manière dont ils travaillent… c’est compliqué de trouver l’équilibre entre la réalité opérationnelle et l’envie, et de dégager du temps pour explorer de nouvelles manières de travailler.

C’est le cas comme dans toutes les entreprises d’ailleurs, mais encore plus dans notre secteur. Mon rôle, c’est d’insister, de les relancer, de les accompagner. C’est une stratégie à long terme.

Parlons maintenant de votre podcast. Comment avez-vous eu l’idée de créer Outside the Lex ?

Comme je vous l’ai expliqué, je ne suis pas issue du milieu juridique. En revanche, j’ai été prise d’une passion dévorante pour ce secteur. Ayant moi-même un profil plutôt atypique, j’ai voulu partir à la rencontre d’autres profils de ce type.

Très humblement, Outside the Lex me permet d’avoir des discussions avec des myriades de personnes différentes, qui évoluent dans des domaines tout azimut.

Mais je me suis aussi lancée dans l’aventure du podcast car de manière personnelle – et ceux qui me connaissent le diront – j’apprécie énormément apprendre des autres et découvrir de nouvelles passions.

Qu’avez-vous appris depuis le début de votre podcast ?

En ce moment, les profils juridiques commencent vraiment à se faire une place dans l’écosystème tech et au sein de leurs organisations. Je pense par exemple à Kimiya Shams une juriste qui a été nommée au board de Girls in Tech – est ce qu’on attendait une juriste à ce board ? – ou encore Pauline Berdah-Mandil, qui a été la première lauréate juriste du concours d’innovation interne de Total. ! La place des juristes évolue !

Mon podcast m’a permis de renforcer ma passion pour les passionnés. Je suis convaincue que c’est la passion qui nous permet d’aller au bout des choses et d’évoluer dans un domaine, et les personnes que j’interview en sont la preuve.

Si vous deviez nous citer un épisode en particulier, lequel ce serait et pourquoi ?

Alors là, vous demandez à une mère de choisir un de ses enfants (rires) !

Je pense que je recommanderais l’épisode le plus récent, celui d’Alice Di Concetto, parce qu’il peut être apprécié à la fois des juristes, mais aussi des non-juristes. On y parle du droit des animaux, un sujet d’actualité au cœur d’un domaine où tout est à construire en termes de réglementation. Mon invitée démystifie tout cela. J’ai appris tellement de choses en réalisant cet épisode !

Sinon, le deuxième épisode que je recommanderais est celui avec Jehanne Dussert, une juriste qui a décidé d’apprendre à coder et qui a fait ses armes à l’Ecole 42. L’épisode est sorti à un moment où on parlait beaucoup de “juriste augmenté”, c’était un véritable buzzword. J’ai eu l’impression que personne ne savait vraiment ce qui se cachait derrière ce terme à la croisée des deux mondes.

Dans l’épisode, Jehanne raconte de manière précise pourquoi elle s’est dirigée vers du code et sa transition professionnelle. Elle explique notamment pourquoi c’était important pour elle de continuer à travailler dans le secteur du droit.

 

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