Arthur Sauzé est ancien avocat, consultant en stratégie digitale et influence et YouTubeur professionnel. Ses vidéos ont pour objectif de rendre accessible à tous l’innovation dans le droit et notamment l’univers des Legaltech.

Par ailleurs, Arthur a animé une conférence TEDx (que l’on vous recommande chaudement) sur le sujet : « Pourquoi la technologie peut réhumaniser la justice ».

Nous l’avons rencontré afin d’échanger sur sa vision du marché des Legaltech.

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Votre objectif est de rendre le droit, l’innovation dans le droit, et l’univers des Legaltech accessible à tous. Pourquoi avez-vous choisi YouTube spécifiquement ?

Le choix du média s’est imposé de lui-même assez rapidement. J’ai commencé en 2019, et à cette époque j’avais déjà créé ma société de conseil en stratégie digitale pour les professionnels du droit. Et nécessairement, j’ai voulu me faire connaître (et reconnaître) pour mon travail.

J’ai sondé mon entourage pour savoir ce qui fait qu’on a confiance en un consultant. Et on m’a répondu : “Le consultant, ce n’est pas juste celui qui envoie une plaquette, c’est quelqu’un qui comprend les enjeux du marché”.

A ce moment-là, j’ai compris qu’il fallait que je montre mes connaissances, que je déploie une stratégie de marketing de l’expertise. A l’époque, il n’y avait pas d’avocat sur YouTube, cette démarche avait un côté original, et cela me plaisait bien de tester quelque chose de nouveau.

Quand on fait un podcast ou un article, il faut expliquer que par exemple, une telle Legaltech est utile car elle propose une fonctionnalité de versioning de contrat. Avec une vidéo, il suffit de le montrer !

Vous avez commencé à investir YouTube en proposant des vidéos où vous testez et analysez, à la manière d’un jeu vidéo, différentes Legaltech qui proposent un service de robotisation des contrats. Quels sont les enseignements que vous tirez de ces tests ?

Tout d’abord, le process de production de ces vidéos de test est super satisfaisant ! Je prends beaucoup de plaisir à nouer des liens avec les équipes des Legaltech.

Cela m’a permis aussi d’acquérir une vision 360 du marché Legaltech : j’ai une compréhension pratique des solutions mais cela me permet également de comprendre la stratégie des équipes qui les construisent.

 

Quels sont les plus beaux projets d’innovation dans le domaine juridique qui ont retenu votre attention ces derniers temps ?

Il y en a quelques-uns ! D’abord, les solutions qui utilisent la blockchain pour gérer les droits de propriété intellectuelle. Le concept est génial : c’est “la tech au service du justiciable”. Mais aussi, j’apprécie tout ce qui leur permet d’avoir accès à des services juridiques à moindre coût.

Certaines solutions sont innovantes, car le produit proposé fait gagner du temps aux avocats, comme Doctrine par exemple. Pour moi, c’est le plus grand acteur du marché ! L’équipe fait un produit exceptionnel : elle arrive à créer des must have qui répondent vraiment aux besoins des avocats. Doctrine a cette capacité à prendre les avocats de court en anticipant leurs besoins.

Il y a aussi certaines solutions que je trouve innovantes car elles répondent à des besoins du marché que je n’avais pas identifiés. Par exemple, en ce moment, je travaille avec mesacquisitions.com, dont l’objectif est de redonner une seconde vie aux actifs. C’est un beau projet !

 

Quelle est l’actualité du marché Legaltech qui a retenu votre attention récemment ?

EY vient de sortir un rapport sur les enjeux des Directions juridiques. L’étude a été menée en France et à l’international avec plusieurs centaines de Directions juridiques auditionnées. J’ai eu le plaisir de recevoir Virginie, associée au sein d’EY et responsable de la transformation du droit pour parler de ce sujet.

 

Qu’est-ce qui a changé dans le marché Legaltech depuis que vous avez commencé à étudier le sujet ?

Le marché a beaucoup évolué ! Bien sûr, le covid a bien accéléré le développement des Legaltech. En revanche, il n’y a pas beaucoup plus de solutions qu’avant. Aujourd’hui on compte plus de 200 Legaltech en France, ce qui est quasiment le cas depuis trois ans. Il y a eu quelques nouveaux acteurs de plus depuis, mais cela reste très marginal.

Depuis trois ans environ, je note une volonté très forte des solutions de gestion des contrat et des solutions de knowledge management, ou de signature électronique de nouer des partenariats ensemble. C’est un cercle un peu vertueux qui se met en place petit à petit.

Ce qui est nouveau aussi, c’est le changement de perception du public vis à vis des Legaltech. Avant, ces acteurs avaient une image de “hackers” voire de “pirates”, c’est en tout cas ce que j’ai ressenti. Maintenant, c’est fini, on arrive à un moment où les Legaltech sont respectées et crédibles, les équipes sont plus importantes. En bref, le temps de l’innocence est fini !

 

Quels sont les plus grands défis à la digitalisation des directions juridiques aujourd’hui ?

Les freins naturels au changement, la formation des juristes, que ce soit par les études ou à postériori : ils ne sont pas formés à des méthodologies de travail agile, à la tech, et sur des projets digitaux.

Le budget est également un frein. L’objectif des solutions comme Hyperlex, par exemple, est de faire gagner du temps, de travailler de manière plus agréable aussi. Mais du coup il faut être capable de montrer combien on économise ensuite ? Généralement, le coût de moyen de production d’un contrat n’est pas une donnée à disposition des directions juridiques. Après, il y a de belles success stories et cela avance !

 

📘 Livre blanc : Défendre son projet de Legaltech en interne

 

Comment va évoluer le marché des Legaltech dans les prochaines années selon vous ?

Je pense qu’il va se structurer, se renforcer encore plus avec des levées de fond, de plus en plus importantes. Je pense que les solutions de secrétariat juridique et de gestion des contrats vont continuer à bien se développer et ont un bel avenir devant elles.

En revanche, de gros acteurs comme : Dalloz, Lexis, Wolter, Septeo ont adopté une politique de croissance externe.

 

Avez-vous une chaîne YouTube à nous recommander ?

Shubham Sharma, qui teste des outils digitaux utiles pour les entreprises.

Retrouvez toutes les vidéos d’Arthur Sauzé ici

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