Delphine Iweins a une double formation de juriste et de journaliste. Elle se penche sur l’exercice de la profession d’avocat d’affaires dans le monde, en particulier dans les pays où la liberté d’expression est restreinte. Journaliste juridique depuis dix ans dans la presse professionnelle et généraliste, elle exerce aujourd’hui dans un quotidien économique national. Delphine Iweins est aussi membre fondateur du Cercle des Journalistes Juridiques.

Elle a récemment publié « L’influence insoupçonnée des avocats d’affaires », et c’est dans ce cadre que nous l’avons rencontrée.


Vous avez co-créé le Cercle des Journalistes Juridiques, pourriez-vous nous en dire plus ?

L’idée de créer le Cercle des Journalistes Juridiques (CJJ) est née lors d’un déjeuner professionnel en janvier 2017 avec cinq autres journalistes juridiques : Olivia Dufour, Anne Portmann, Clémentine Delzanno, Laurence Garnerie et Clémentine Kleitz.

Nous avons constaté qu’il existait une vraie communauté de journalistes spécialisés dans le domaine juridique, habitués à se rencontrer et à travailler ensemble. Cependant, contrairement à d’autres spécialités journalistiques, la nôtre ne disposait pas de lieu dédié alors même que le droit ne cesse de prendre de l’importance dans le débat public.

C’est ainsi que nous avons décidé de créer une association qui soit un lieu de confraternité, de réflexion et de représentation sur la scène publique.

Les objectifs du CJJ sont les suivants :

  • favoriser la progression et la qualité du traitement des questions juridiques dans toutes les formes de presse, au-delà de l’angle exclusivement judiciaire ;
  • stimuler les relations confraternelles entre les journalistes chargés de décrypter l’actualité du monde juridique, laquelle est autant technique que politique ;
  • développer les relations entre ses membres et les personnalités de toute nature dont l’activité touche la vie juridique française ou internationale.

À cette fin, le CJJ noue des relations privilégiées avec les principaux acteurs publics intervenant sur la scène juridique (cabinets et directions techniques des ministères en charge des réformes du prochain quinquennat, autorités administratives indépendantes, représentants des professions juridiques et judiciaires, universités, etc.), et organise des rencontres formelles et informelles entre ses membres.

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Vous êtes journaliste depuis plus de onze ans, comment le secteur des legaltech a évolué depuis son apparition en France ?

Près de dix ans après leur émergence sur le marché du droit, les legaltechs peinent encore à attirer les investisseurs, mais le marché se structure. C’est peut-être une erreur de parler de la legaltech en général. Plusieurs marchés peuvent être recensés allant de l’aide à la création d’entreprise à l’information juridique, en passant par la mise en relation avec un intermédiaire du droit.

Petit à petit, pour mieux se différencier, les jeunes pousses du droit ont légèrement glissé, avec succès, vers la création d’entreprise. Souhaitant accompagner toujours plus longtemps leurs clients, les legaltechs se sont ensuite positionnées sur l’intermédiation avec les avocats.

Cependant, ce sont celles se positionnant sur des modèles purement B to B qui ont le plus attiré l’attention des investisseurs. Certaines, comme Hyperlex visent les directions juridiques, d’autres, telles que Doctrine, en priorité les avocats, par exemple.
On remarque aussi, de plus en plus, une volonté d’internationalisation des legaltechs vers l’Afrique et les États-Unis notamment.

Vous avez écrit le livre : L’influence insoupçonnée des avocats d’affaires – quelle influence ont-ils ?

Les avocats d’affaires et plus globalement les juristes sont des artisans de l’ombre de la vie économique, sociale et parfois civique d’un état. Leurs rôles varient d’un pays à l’autre. Les avocats d’affaires ont une influence économique bien sûr, mais pas seulement. Ils jouent aussi des rôles politique et sociétal importants.

C’est ce que j’ai découvert au fil des rencontres réalisées dans le monde entier durant deux ans.

Par exemple, en Chine et en Russie, le droit est beaucoup plus jeune qu’aux États- Unis ou en France. En Tunisie, il n’existe pas vraiment de culture du droit des affaires, pourtant les avocats d’affaires ont joué un rôle important dans la révolution de Jasmin. Dans le chapitre sur les États-Unis, nous voyons que le droit est une arme diplomatique importante et cela ne fera que s’amplifier dans le temps.

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Pourquoi avez-vous choisi ce sujet ?

À l’époque, je travaillais dans un cabinet d’avocat d’affaires. J’ai observé que le grand public et les personnes autour de moi qui ne venaient pas de ce milieu ne savaient pas forcément ce qu’est un avocat d’affaires. Quand nous parlions des avocats, l’image du pénaliste revenait à chaque fois.

J’ai voulu voir comment les avocats d’affaires étaient perçus à travers le monde et comment ils pratiquaient leur profession à l’étranger. Je voulais savoir quelles sont les limites que peuvent avoir les avocats d’affaires vis-à-vis de leurs clients et des pouvoirs politiques.


Dans quel contexte avez-vous écrit ce livre ?

J’ai choisi un pays par continent, où la liberté d’expression est réputée pour y fortement encadrée, et je suis partie durant deux ans de 2012 à 2014. La France et les États-Unis étaient les deux pays de référence de cette enquête, à la fois d’un point de vue de la liberté d’expression et du système juridique.

J’ai commencé par les États-Unis (Barack Obama venait d’être réélu), puis Singapour et Hong Kong (deux pays d’Asie clés). J’ai ensuite continué en Russie (où Edward Snowden venait de demander l’asile après sa fuite des États-Unis et un transit à Hong Kong), puis en Tunisie (le pays était alors en pleine reconstruction et un gouvernement provisoire s’attelait à la rédaction d’une nouvelle constitution). L’enquête s’est terminée au Brésil, en pleine préparation de la Coupe du monde de football 2014, et au moment où les manifestations contre le pouvoir de la présidente Dilma Rousseff s’intensifiaient.

Durant plusieurs mois sur place, j’ai rencontré des avocats d’affaires, des juristes, des étudiants en droit, des universitaires, etc. Je rédigeais des articles, des reportages, des interviews publiées dans des médias partenaires du projet comme Dalloz Actualité, Le Monde du Droit ou bien encore le Village de la Justice et sur le site internet créé à l’occasion.

Au vu de l’actualité et de l’histoire de chaque pays que j’ai visité, je me suis aperçue que les personnes que j’avais rencontrées avaient eu depuis des destins assez extraordinaires, notamment celui de recevoir le Prix Nobel de la Paix !

Il me restait beaucoup de matière, j’ai trouvé qu’un livre était le bon moyen pour les mettre en avant et qu’il était temps de tout raconter.


Quels retours avez-vous eu du public ?

Il faudrait demander aux lecteurs ce qu’ils en ont pensé.

Ce qui m’a le plus touché, c’est que d’après les retours que j’ai eu, le livre a intéressé à la fois des acteurs du droit, mais aussi des citoyens curieux non spécialistes des questions juridiques, des étudiants, des connaisseurs des relations internationales, etc.

Une vaste cible donc ! C’était le but car le droit nous concerne tous.

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